Suzanne Horvath

Accueil L'histoire de la honte Les romancières hongroises
Une histoire d’honneurs et de hontes - p.59

Desmons décrit l'organisation de la prostitution : « La prostituée qui justifie ce nom est inscrite (…) sur les registres de la Préfecture de police et soumise à certaines époques déterminées, à des examens médicaux. (112).

Comment se passe l'inscription sur les registres ? Une fille est inscrite suivant trois modes : par sa propre volonté, par les déclarations de la personne chez qui elle se livre à la prostitution, et d'office, lorsqu'elle est prise en flagrant délit de vagabondage. Elle subit d'abord un interrogatoire ; son état civil, son casier judiciaire sont explorés ; puis elle passe la visite médicale, d'où elle sort avec un rapport sur son état de santé du point de vue des maladies vénériennes. On envoie ensuite une lettre « fermée et secrète » au maire de l'endroit où habitent les parents. «  La famille ainsi prévenue peut, à son gré, aller réclamer son enfant à la Préfecture, ou déclarer ne plus vouloir recevoir celle qui la déshonore, et dans ce dernier cas, l'inscription de la prostituée est définitive. »(1L'inscription d'office n'est jamais définitive lors d'un premier délit ; on attend des récidives avant de statuer sur une chose aussi grave.(113)

L'inscription, sur ce registre de la honte, pose parfois des problèmes, notamment celle des filles mineures. « On ne peut décemment pas accorder à une mineure le droit d'exercer un semblable métier, car l'inscription vaut autorisation » mais on ne peut non plus tarder à l'inscrire lorsqu'elle a récidivé. « Par l'attrait de son jeune âge, cette fille, plutôt cette enfant, est recherchée davantage et par conséquent plus exposée au virus vénérien » ; elle pourra donc contaminer un grand nombre d'hommes, et comme ce sont ceux-là qu'on veut préserver par l'institution des prostituées soumises, elle sera quand-même autorisée à faire de la prostitution par l'inscription.

Desmons classe les prostituées en trois catégories : les filles en carte (= les soumises) ; les filles à numéro ( pensionnaires de maisons de tolérance ) ; les femmes galantes et les filles qui se livrent à la prostitution clandestine (= les insoumises). Mais, dans cette catégorie, il faut encore établir le classement suivant par ordre hiérarchique : 1./ les proxénètes 2./ les marcheuses (elles sont généralement vieilles, se promènent avec des filles plus jeunes et jolies et n'ont des clients que rarement 3./ les femmes des boulevards ( ce sont les femmes des bals, aux toilettes éclatantes, qui se promènent la nuit sur les boulevards. Les autres prostituées qui les exècrent les traites de panades. 4./ les filles à soldats ou des barrières ( elles fréquentent les bastions, les fortifications ou les bancs des boulevards extérieurs. Elles ont des gestes indécents, une grossièreté de langage, une voix éraillée, elles se tiennent dans des cabarets mal famés avec leur souteneur ;(114) / Les pierreuses ou femmes de terrain représentant le dernier échelon : elles ont entre 45-60 ans et rôdent autour des carrières, masures abandonnées.


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