Il est convenu d'avance qu'elle sera opérée sur un point quelconque – par exemple de la rue Drouot à la Madeleine : à 9 heures,, les inspecteurs en civil sont au départ disséminés dans la foule des promeneurs. Puis ils observent tout, arrêtent les suspectes et les suspects également dont « les moyens d'existence sont problématiques ». On lâche ceux qui peuvent justifier de leur identité, parmi eux des gens diplômés qui vivent en vagabonds.
Dans les rafles « les agents des moeurs prennent dans leurs filets les malheureuses qui, prostituées ou non, marchent seules. »
« Nous partageons la douleur atroce d'un jeune député, qui a envoyé un soir sa femme Bd. St. Michel chez son beau-père. Le matin, à moitié fou de douleur, il l'a retrouvée au Dépôt. Le substitut regagne le lendemain son poste, sans parler à personne de cette aventure, n'ayant qu'une crainte, c'est que cette arrestation pût s'ébruiter dans la sous-préfecture où il faisait appliquer les lois. Il n'a pas songé un instant à porter plainte. Une demoiselle dans un atelier de couture, rue de la Paix, à la veille de se marier, s'arrêta devant un bijoutier. Elle fut arrêtée et relâchée le lendemain. Son fiancé, pris de soupçons, l'a quittée. » (127)
Un autre regard, plus personnel, d'un style foisonnant, nous est donné dans Une heure du matin - les soupeuses, (128) qui laisse une image inoubliable de ces masses de chair offertes aux preneurs :
Après que les gens, pressés, se hâtent vers leurs maisons avec des tromblons enfoncés jusqu'aux oreilles, avec les derniers omnibus, une nouvelle foule envahit les rues : des commis en goguette, cabotins pris de fringale à la sortie du théâtre, bourgeois curieux de restaurants de nuit ou négociants désireux de s'égarer. Mais ils sont surtout boursiers, croupiers, journalistes, filles de théâtre. Les grandes soupeuses sont des filles de haut luxe, effilées, sveltes : « Quelles cages virent naître ces chers volnares des îles, volucres, rouges, verts, bleus, jaunes, précieux bengalis, délicieux colibris, tribu ramageante et bruyante de petites cervelles, de petits fronts têtus, barrés de petites bouches sensuelles ? » (129) . Dans l'intimité du cabinet « elle se dévêt, miaule la tête bientôt perdue, les mains outrageuses, les yeux chavirés ». Saoule, enfin elle s'amuse :
« et l'on jette les mains en avant, l'on cercle des cous, des croupes : on se pocharde en hurlant (…) on déshabille les filles, on les dresse nues et l'on acclame en choeur leur chair bleuie, rougie, marbrée, contusionnée de tapes et de coups. -Lianon, trésor, que je te mange, ô mon Lianon ! (Mais qui les entretient?) Comtes, ducs, boursiers, croupiers, négociants, rentiers, quelquefois des altesses et des rois (…) Des faces pâles ou vertes, des membres secs ou en pyramides, en pommes d'arrosoir, faces écrasées (…) lèvres lippues, détendues, difformes». (130).
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