Suzanne Horvath

Accueil L'histoire de la honte Les romancières hongroises
Une histoire d’honneurs et de hontes - p.92

Une cohue avide se rue autour du sanctuaire, la fureur de l'assaut ondoie, hurle, bouillonne. La ville déjeune ; eux, gesticulant frénétiquement, accourent de toutes parts avidement, hâtivement. Des doigts fiévreux ouvrent des télégrammes dans les restaurants

avoisinants. L'heure sonne, des cris éclatent.


« Le bras du semeur qui rythmiquement lance dans les sillons le germe des moissons futures, a la majesté d'un geste sacerdotal. Décomposez la série des mouvements que fait un manœuvre chargeant les fardeaux et les déchargeant, il n'en est pas un où ne resplendisse la beauté de l'effort (…). Rien de pareil ne se révèle ici. On est pris d'une sensation de malaise, d'ahurissement (…)

« Ces hommes ne sont pas des travailleurs, mais des joueurs : l'appât seul au gain les excite. Dans le péristyle, grouillent d'étranges êtres, de petits rentiers, mornes, livides, des retraités, ils vont en courant, avec des gestes nerveux, des soubresauts d'inquiétude... Une atmosphère sinistre, pesante, y règne, chargée d'animalités en action, d'électricité d'instincts, de cris de sauvages autour du butin ; des vociférations bêlent, braient, croassent, hurlent, sifflent, rugissent, glapissent, grognent, meuglent ». (199).

«  Etudiez ces physionomies : la grimace les déforme toutes (…) Les fronts s'écrasent, des nez s'allongent en trompes, se crochent en becs aigus, se gonflent en reniflement de sensualité à l'odeur de la proie flairée. Les yeux flambent de concupiscence (…) Tous ces visages se ressemblent, hélas ! (...)le type sémitique y domine. La fine fleur des ghettos peuple la Bourse. Ils y apportent leur héréditaire génie de trafic, leur ruse de brocanteurs exercés, ils sont bien là dans leur élément, audacieux et réfléchis, tenaces et rapaces. Pourquoi s'en étonner ? L'amour de l'or fut, aux époques de malédiction qu'ils traversèrent, leur seule passion, passion rédemptrice sans laquelle ils seraient encore les chiens immondes de jadis. (225)


Ceci se passe à une époque où La Gazette des Tribunaux rapporte, le 11 Février 1906 : Deux marchands de bestiaux à Neuilly se sont disputés, l'un, Vigier, traitait l'autre, Léon Lévy, « de Dreyfus ». Le tribunal commence sa délibération comme suit :  : « Attendu qu'en attendant la réhabilitation définitive de ce condamné «  (à savoir Dreyfus) « son nom appliqué méchamment à une autre personne reste équivalent de « traître à son pays », d' « espion au service d'une puissance étrangère... »



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