Suzanne Horvath

Accueil L'histoire de la honte Les romancières hongroises
Une histoire d’honneurs et de hontes - p.94

Pour terminer, citons quelques exemples de ce que nous appellerons « inversions malignes », expression empruntée à l'écrivain Michel Tournier.

Ces inversions malignes commencent aux premières pages de la Genèse qui nous apprend que ce fut Adam qui accoucha d'Eve ( elle sortit de ses côtes) et que ce fut elle qui s'empara du fruit de la connaissance. Appeler la femme entretenue « maîtresse » en est une... Dans les documents évoqués, l'Abbé Gibergues (205) exhorte l'homme à « former ce cœur, cette âme qui vous sont confiés » : encore Pygmalion-Adam qui modèle la femme... Et toujours Gibergues : « Il ne faut surtout pas la mépriser ». Chambon dans son Dictionnaire de savoir-vivre, dit : « Honneur : c'est la femme qui l'accorde » (206)

Du pauvre, on dit qu'il aime travailler avec ses mains calleuses, que le travail le rend noble et que le travail honnête n'est pas honteux. Des ouvriers, on dit qu'ils mangent trop de viande et qu'ils dépensent tout leur salaire pour manger, c'est pourquoi il ne peuvent économiser. Certaines images coexistent : « Les pauvres sont héréditairement dégénérés » et « la force physique est le bien propre de l'ouvrier ».La plus grande inversion maligne, c'est prétendre que c'est l'ouvrier qui méprise le patron...


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